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Le traumatisme

La notion de traumatisme renvoie d’abord, comme Freud l’a indiqué, à une conception économique « Nous appelons ainsi une expérience vécue qui apporte, en l’espace de peu de temps, un si fort accroissement d’excitation à la vie psychique que sa liquidation ou son élaboration par les moyens normaux et habituels échoue, ce qui ne peut manquer d’entraîner des troubles durables dans le fonctionnement énergétique » (Freud, 1915)
 

L’afflux d’excitations est excessif par rapport à la tolérance de l’appareil psychique, qu’il s’agisse d’un seul événement très violent ou d’une accumulation d’excitations dont chacune prise isolément serait tolérable ; le principe de constance (Principe selon lequel l’appareil psychique tend à maintenir à un niveau aussi bas ou, tout au moins, aussi constant que possible, la quantité d’excitation qu’il contient) se trouve mis en échec, l’appareil psychique étant incapable de tolérer l’excitation.
 

Le caractère traumatique d’un évènement tient donc à son caractère de débordement économique ; débordement qui correspond à une effraction étendue du système pare-excitation dont dispose l’individu pour se maintenir à l’abri des excitations externes et qui lui permet de fonctionner selon le principe de plaisir et de la réalité.
 

Au-delà du principe du plaisir, Freud souligne la présence dans le fonctionnement psychique d’un principe de Nirvâna, qui tend non plus à réduire une quantité excessive d’excitations mais à l’éteindre complètement, anéantissant ainsi toute vie psychique ; ce principe de Nirvâna est une des figures de la pulsion de mort, que Freud définit d’abord comme un retour à l’état inanimé.
 

Avec ce concept de pulsion de mort, Freud s’interroge sur la compulsion de répétition, qui apparaît en particulier dans les rêves des traumatisés qui répètent l’expérience bouleversante et tentent ainsi de reprendre sur un mode actif un évènement subi dans la passivité.
 

Lors d’un évènement traumatique, tous les moyens de défense sont mis en mouvement afin d’accomplir le travail de maîtrise et de liaison psychique des excitations qui ont pénétré par effraction, pour les amener ensuite à la liquidation ; la répétition de l’expérience traumatique dans les rêves peut constituer un de ces moyens de défense.
 

Concernant l’ampleur du traumatisme, il dépend de la force des excitations mais aussi des capacités de l’appareil psychique à les traiter : chaque sujet réagira différemment face à l’impact d’un choc traumatique et l’on peut concevoir, comme le propose Freud « qu’il y a pour chacun une limite au-delà de laquelle son appareil psychique échoue à maîtriser les quantités d’excitations qui exigent d’être liquidées » (Freud, 1926)
 

La vulnérabilité traumatique :
 

Elle est en effet variable d’un sujet à l’autre ; plusieurs facteurs sont à prendre en compte :
 

Un manque de préparation par l’angoisse :
 

Dans une deuxième théorie de l’angoisse, Freud relève deux sortes d’angoisses : l’angoisse automatique, qui correspond à la réaction d’un sujet chaque fois qu’il se trouve dans une situation traumatique, c’est-à-dire chaque fois qu’il se trouve soumis à un afflux d’excitation d’origine interne ou externe qu’il est incapable de maîtriser ; et l’angoisse signal d’alarme, ayant pour fonction de prévenir le danger, en une attente non plus passive de celui-ci (l’attitude passive dans ces cas est traumatogène), mais active : signal qui motive alors le refoulement, l’inhibition.

L’attente d’un danger aurait effectivement une grande valeur protectrice : « alors que l’effet de surprise favorise l’effraction traumatique et ses conséquences désorganisantes. Du fait d’un investissement trop bas, les systèmes ne sont pas bien en état de lier les sommes d’excitations qui arrivent de l’extérieur et les conséquences de l’effraction du pare-excitation se produisent d’autant plus facilement. Nous voyons ainsi que la préparation avec son surinvestissement des systèmes récepteurs représente la dernière ligne de défense du pare-excitation. Pour l’issue d’un grand nombre de traumatismes, le facteur décisif serait la différence entre systèmes non préparés et systèmes préparés par surinvestissement des systèmes ; à partir d’une certaine force du traumatisme, ce facteur cesse, il est vrai de compter » (Freud, 1920)
 

Cette dernière remarque de Freud nous permet de comprendre que parfois la force du traumatisme est telle, que même une préparation par l’angoisse, ne permettrait pas de jouer son rôle protecteur.
 

Des carences narcissiques précoces :

 

En effet, nous pouvons admettre comme F.Brette le souligne « qu’il semble évident que la réactivité traumatique ultérieure dépendra de l’assise narcissique et de sa solidité » (in RFP, le traumatisme et ses théories, 1988)

Cette idée se conçoit en considérant que la défaillance narcissique compromet l’intrication de la pulsion de mort par la pulsion de vie qui s’opère à l’intérieur du noyau masochique primaire du Moi :

Le narcissisme primaire fait partie intégrante du masochisme primaire : si nous supposons une faille du narcissisme primaire, cela veut dire en même temps qu’il existe une faille du masochisme primaire et cela correspond à une relative non intrication de la pulsion de mort par la pulsion de vie qui s’opère à l’intérieur du noyau primaire du Moi.

 

Dès lors, les évènements de vie difficiles peuvent mettre à l’épreuve ce narcissisme vacillant et ainsi déstabiliser encore plus le noyau primaire du Moi, c’est-à-dire désintriquer, libérer la pulsion de mort, comme le conçoit la théorisation de B.Rosenberg.

 

Un degré d’intrication suffisant, c’est-à-dire un noyau masochique primaire efficient, pourrait atténuer les effets désorganisants d’un traumatisme ou au moins aider le sujet atteint à s’en remettre.

 

Par ailleurs, le défaut de constitution du pare-excitations étant lié selon Freud à des atteintes narcissiques précoces, cela empêcherait le moi de s’organiser pour résorber la puissance excessive du facteur quantitatif.

 

La qualité du préconscient :
 

Le système préconscient se trouve entre le conscient et le préconscient, dont il est séparé par la censure ; c’est le lieu du travail psychique de liaison et d’élaboration. Il est régi par les processus secondaires ; l’énergie y est liée avant de s’écouler de façon contrôlée ; grâce à cette liaison, la satisfaction peut être ajournée.
 

Ce système est une réserve de connaissances et de souvenirs disponibles mais non actualisés. La quantité et la qualité des représentations disponibles dans le préconscient varient selon les individus et selon les moments.
 

Ainsi, la capacité de se dégager d’une situation traumatique procède également des qualités du préconscient, ce réservoir de mots, d’idées, de souvenirs, aptes à devenir conscients.
 

Si les préconscient a une épaisseur suffisante, s’il est riche en représentations et en affects, si son fonctionnement est souple et régulier, il peut alors plus facilement organiser des défenses adéquates contre les traumatismes.
 

Ainsi, lorsqu’un sujet présente une vulnérabilité traumatique, c’est-à-dire lorsqu’il présente des carences narcissiques, une mauvaise qualité du préconscient, l’évènement traumatique risque de provoquer des effets désorganisateurs particulièrement intenses.
 

En effet, un évènement traumatique entre en résonnance avec l’économie originelle et l’histoire du sujet : si la force du traumatisme est primordiale, il n’en reste pas moins que « la survenue d’un trauma récent peut entrer en résonnance avec des traumas anciens et réveiller alors les dragons des temps originaires » (Couvreur, Le trauma les 3 temps d’une valse, 1988)
 

Comprendre l’impact traumatique d’un évènement, c’est prendre en compte l’histoire singulière dans laquelle elle s’inscrit, mais également les remaniements spécifiques auxquels le sujet devra à présent se confronter.
 

Réaction immédiate après une  traumatisme : la détresse initiale

 

Après un évènement traumatique, une rupture de vie, l’inondation d’excitations emporte généralement les mots et les idées et ce n’est que plus tard que le sujet pourra associer des représentations à ce qu’il a ressenti au moment du choc.
 

Cette détresse initiale peut s’exprimer par une agitation motrice (pleurs, tremblements, accès de confusion anxieuse, de désorientation temporo-spatiale, etc.) ou rester silencieuse ; le sujet en proie à l’effroi, reste pétrifié.
 

Lors d’un choc émotionnel, douleur et angoisse se mêlent étroitement : la douleur, « pur éprouvé impensable et indicible » est selon Freud, « la réaction propre à la perte d’objet ».
 

Concernant l’angoisse, celle-ci est automatique et correspond selon la définition de Laplanche et Pontalis « à la réaction du sujet chaque fois qu’il se trouve dans uns situation traumatique, c’est-à-dire soumis à un afflux d’excitations d’origine externe ou interne qu’il est incapable de maîtriser »
 

Angoisse diffuse, elle provoque un malaise physique avec souvent des manifestations somatiques fonctionnelles diverses : contractures abdominales, nausées, vomissements, palpitations, sensation d’étouffement, transpiration, etc.
 

Absence de bouleversement émotionnel :
 

Il peut arriver que la détresse initiale précédemment évoqué, ne se produise pas ; mais l’indifférence face à un traumatisme n’est pas de bon augure ; le choc peut avoir lieu sans être ressenti émotionnellement : il risque alors de provoquer des troubles destructeurs ou des perturbations somatiques graves : « il y a des réalités horrifiantes et le moi qui n’y est pas insensible ou qui reste de glace devant elles n’est pas moins aliéné que celui qui cède à la panique à son spectacle » (Green, 1973)
 

Le déni constitue un mode de défense qui consiste en un refus par le sujet de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante.
 

L'état de stress post-traumatique :

 

Après la détresse initiale qui suit l’expérience d'une rupture de vie, le sujet peut manifester un ensemble de symptômes et de comportements spécifiques qui correspondent à l’état de stress post-traumatique.
 

Le stress est une réaction d’adaptation de l’organisme face à un évènement qu’il considère menaçant pour son intégrité. Le sujet ressent un stress lorsqu’il considère que les ressources dont il dispose sont insuffisantes pour faire face à l’évènement.
 

Les principaux symptômes sont :

  • Des reviviscences: Souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement, des cauchemars, des flashbacks, une détresse ou réactivité physiologique lors de l’exposition à des stimuli associés à l’événement traumatique
  • Une conduite d’évitement : Évitement des souvenirs, pensées et sentiments liés au trauma, Évitement des éléments (personnes, lieux, activités, objets, situations) rappelant le trauma
  • Des altérations cognitives et émotionnelles: Incapacité à se rappeler un aspect important de l’événement traumatique, croyances négatives persistantes et exagérées au sujet de soi, des autres ou du monde, tendance à se blâmer, émotions négatives persistantes (peur, horreur, colère, culpabilité, honte, diminution de l’intérêt pour les activités, sentiment de détachement d’autrui, restrictions des émotions positives,
  • Une hyperactivation du système nerveux : Irritabilité ou excès de colère, comportement imprudent ou autodestructeur, hypervigilance, difficultés de concentration, difficultés à trouver le sommeil
 

Précisons qu'une personne qui présente certains de ces symptômes ne se trouve pas forcément dans un état de stress post traumatique. Pour établir un diagnostic de cet état, les symptômes doivent persister dans le temps (plus d’un mois) et doivent entraîner une souffrance cliniquement significative ou des problèmes dans le fonctionnement social, professionnel ou d’autres domaines importants de la vie de la personne.


 



 

Moyen d'accès

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