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La crainte de l'effondrement : le non-advenu de soi

La crainte de l’effondrement est un texte de D.Winnicott écrit à la fin de sa vie qui nous paraît fondamental car il nous fournit un modèle pour théoriser les modalités de défense antérieures à la distinction moi/non-moi, soit un modèle pour penser les souffrances narcissiques-identitaires, qui mettent en difficulté la fonction subjectivante du moi et qui sont à l’origine d’un manque à être.

Winnicott permet en effet de penser la construction psychique du bébé avant même la constitution du self, alors qu’il était dans un état de dépendance vitale et de non séparation avec l’environnement. Il n’y a pas encore de lieu psychique séparé de l’environnement, la défaillance de l’environnement ne peut donc s’inscrire qu’au titre d’une dégradation du processus de construction de l’appareil psychique. « c’est un effondrement de l’édification du self unitaire qu’il est question. Le moi organise des défenses contre l’effondrement de sa propre organisation car c’est bien l’organisation qui est ainsi menacée » Winnicott in La crainte de l’effondrement.

La crainte de l’effondrement est proposé comme modèle métapsychologique pour aborder la crainte de la mort, le vide et la non-existence : « le vide ne relève pas d’un traumatisme mais d’une expérience précoce du fait que là où quelque chose aurait pu être bénéfique, rien ne s’est produit »
 

Le non-advenu de soi


Dans « La crainte de l’effondrement », Winnicott a décrit les « agonies primitives », les expériences de mort psychique, les expériences d’anéantissement de la subjectivité, qui sont à l’origine d’un traumatisme primaire affectant les processus de symbolisation. Certains pans de la vie psychique ne sont pas, alors, représentés ou intégrés dans la subjectivité. Il faudra disposer d’un autre terme, le clivage, pour décrire leur situation topique dans le moi.
Winnicott parle d’ « agonies primitives », d’angoisses « impensables ». Wilfred Bion de « terreur sans nom ». René Roussillon « d’expériences agonistiques ».

« Agonie » est la traduction du mot anglais « agony » qui signifie une angoisse extrême, il y a le mot « mort » dans « agony », dit Winnicott.

Ces « expériences agonistiques » correspondent aux vécus catastrophiques du nourrisson au départ de la vie, lorsqu’il existe une faillite importante de l’environnement primaire.

C’est autour de cette béance, de cette brèche incolmatable, que le sujet va se construire en édifiant un système défensif pour lutter contre « cet état de choses impensables qui sous-tend l’organisation défensive ».
 

Quel est le devenir intrasubjectif de ces expériences agonistiques ?


La caractéristique essentielle est que le sujet s’est trouvé dans l’impossibilité de donner sens ou même de s’approprier une telle expérience, à laquelle il n’a pu « survivre » qu’à condition de se retirer de celle-ci, c’est à dire en se coupant de sa subjectivité.

Se trouve ainsi formulé le paradoxe central de l’identité ainsi produit : pour continuer à se sentir être, le sujet a du se retirer de lui-même et de son expérience vitale. D’un côté l’expérience a été vécue et donc elle a laissé des traces mnésiques de son éprouvé et en même temps, d’un autre coté, elle n’a pas été vécue et appropriée car elle n’a pas été représentée.

Seule issue à cette situation en impasse, donc, première mesure de « survie » psychique, le sujet se retire de l’expérience traumatique primaire, il se retire et se coupe de sa subjectivité. Le moi se clive d’une expérience à la fois éprouvée et en même temps non représentée.

« La crainte clinique de l’effondrement est la crainte d’un effondrement qui a déjà été éprouvé. » (in « la crainte de l’effondrement p.209). « Les patients qui souffrent d’une peur perpétuelle d’effondrement ont besoin qu’on leur dise que cet effondrement a déjà eu lieu. »
« Cela veut dire que l'épreuve initiale de l'agonie primitive ne peut se mettre au passé que si le moi a pu d'abord la recueillir dans l'expérience temporelle de son propre présent ». « Autrement dit, le patient doit continuer à chercher le détail du passé qui n'a pas encore été éprouvé. Il le cherche dans le futur, telle est l'allure que prend sa quête ». ( "La crainte de l'effondrement" p.210)]
« L’effondrement, écrit Winnicott, a pu avoir lieu vers les débuts de la vie. Le patient doit s’en souvenir, mais il n’est pas possible de se souvenir de quelque chose qui n’a pas encore eu lieu, et cette chose du passé n’a pas encore eu lieu, parce que le patient n’était pas là, pour que ça ait lieu en lui.

Dans ce cas la seule façon de se souvenir est que le patient fasse pour la première fois, dans le présent, c’est à dire dans le transfert, l’expérience de cette chose passée. Cette chose passée et à venir devient alors une question d’ici et de maintenant, éprouvée pour la première fois. C’est l’équivalent de la remémoration et ce dénouement est l’équivalent de la levée du refoulement qui survient dans l’analyse freudienne classique des patients névrosés », écrit Winnicott.
 

Quel est le destin des traces mnésiques restées ainsi non symbolisées ?


Les traces de ces expériences traumatiques primaires sont soumises à la contrainte de répétition. Elles vont régulièrement être réactivées et être hallucinatoirement réinvesties.

Dans la mesure où le clivé n’est pas représenté, le clivé tendra à faire retour en acte, en employant diverses stratégies défensives, différentes modalités de liaison primaire non symboliques, qui spécifient les divers tableaux cliniques de ces pathologies identitaires-narcissiques.

L’expérience agonistique se répète dans les agirs, les pathologies destructrices comme les toxicomanies, les anorexies, les perversions, les somatoses et jusqu’aux délires.

Dans ce type de pathologie, les traces clivées d’expériences traumatiques qui n’ont pas eu de lieu pour s’inscrire se retrouvent dans l’altération de la vie psychique et dans les symptômes de crainte d’effondrement.

La thérapie analytique, en proposant « un environnement suffisamment bon » crée les conditions adaptées pour que l’histoire du sujet puisse se rejouer et cette fois s’intégrer. Le symptôme ou l’acte-symptôme nous dit quelque chose, il a valeur de communication, d’où l’intérêt de ne pas se centrer sur lui pour le faire taire, bouchant ainsi la seule voie de communication possible de cet «impensé » en quête de reconnaissance.

 

Nathalie Neyrolles



 

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